Lumumba nous manque
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Ce 17 janvier, nous commémorons l’assassinat de Patrice Lumumba, le 17 janvier 1961. Soixante-cinq ans plus tard, son absence est une présence. Elle pèse, elle éclaire, elle oblige.
Chez United Souls, Lumumba n’est pas une figure parmi d’autres. Il est l’origine. La première création. Le fer de lance de notre série Figures de lutte. Une œuvre signée par l’artiste toulousaine Marie-Claire Laffaire, un noir et blanc frontal, un regard qui transperce.
Un regard au Katanga, les mains menottées, livré à l’impérialisme. Un regard qui dit tout sans expliquer. Qui résume le malheur d’un continent indécemment riche, face à la voracité d’un système qui confond puissance et prédation.
Le regard qui porte une lettre
Dans ce regard, j’entends la lettre à Pauline. Une parole tenue, sans haine, sans soumission. Lumumba y pose une ligne de conduite qui traverse les décennies : la dignité n’est pas négociable.
« Sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité. »
Et plus loin, l’essentiel : tenir debout, même quand l’Histoire organise ta chute.
« Je préfère mourir la tête haute […] plutôt que vivre dans la soumission. »
Le “crime” du Congo : la richesse comme malédiction
Lumumba a payé le prix d’une évidence insupportable : le Congo a le droit d’être souverain, et son peuple a le droit d’habiter sa richesse.
Quand un pays devient une mine à ciel ouvert pour les autres, sa démocratie devient une nuisance, ses leaders deviennent des “problèmes”, et son avenir se transforme en marché. Le Congo, hier comme aujourd’hui, reste un nœud stratégique du monde.
Fanon avait cette formule, sèche comme un verdict :
« L’Afrique a la forme d’un revolver dont la gâchette se trouve au Congo. »
Autrement dit : ce qui se joue au Congo déborde toujours le Congo.
United Souls : deux chapitres pour Lumumba
Notre première pièce Lumumba (Marie-Claire Laffaire) est restée, au fil des années, une présence dominante dans la collection. Parce que le symbole tient. Parce que l’histoire insiste.
Puis il y a eu un deuxième chapitre : après la restitution de la dent de Lumumba, un geste tardif mais hautement politique, une nouvelle collaboration est née chez United Souls, avec l’artiste pop art Fred Ebami, “Ebamiwarhol” pour ceux qui le connaissent.
Cette fois, Lumumba revient en couleurs. Il retrouve les codes et les emblèmes : le Congo assumé, le héros réinstallé, le léopard comme signe de force et de souveraineté. Une manière de dire : on ne rend pas seulement une relique, on rend une place.
2025 : un centenaire, un triptyque de luttes
L’année passée a marqué le centenaire de Lumumba (1925–1961), aux côtés de Malcolm X (1925–1965) et Frantz Fanon (1925–1961). Trois naissances, trois trajectoires, une même exigence : nommer le réel, refuser l’humiliation, reconquérir la dignité.
Un centenaire n’est pas un monument. C’est un rappel : l’avenir n’appartient qu’à celles et ceux qui tiennent la mémoire comme une force d’action.
Dans un stade, Lumumba redevient corps
Ces dernières semaines, à la CAN 2025 au Maroc, un homme a fait basculer le football du côté du rite et du recueillement : Michel Kuka Mboladinga.
Match après match, il est resté immobile, comme une statue vivante à l’effigie de Lumumba, posture inspirée d’une statue du héros congolais. Même après l’élimination de la RDC en huitième de finale contre l’Algérie, cette présence a continué de parler pour tout un continent.
C’est aussi ça, Lumumba : une mémoire qui circule, qui traverse les corps, qui se déplace là où on ne l’attend pas.
Rendre Lumumba vivant
Nous vivons dans un monde globalisé, et pourtant nos âmes restent interconnectées. Chacun peut faire sa part, une part de colibris, pour infléchir la marche de l’Histoire vers un idéal commun.
Chez United Souls, c’est notre manière de lutter : faire circuler la mémoire dans l’espace public. Porter des visages, des luttes, un héritage. Refuser l’oubli confortable.
Lumumba nous manque. Alors rendons-le vivant.
À retrouver : le t-shirt Lumumba sur la boutique United Souls
